A LA RECHERCHE D’UN HOMME D’ETAT

Ou l’impérieuse nécessité du retour du Politique

La Politique ou l’art de gouverner la Cité

La (très) longue et laborieuse prestation du 1er ministre hier, qui fait suite aux trois discours d’Emmanuel Macron depuis le début du confinement nous démontre à l’envie que nous sommes gouvernés par des gens hors-sol, incapables d’avoir une vision pour note pays et impuissants à donner du sens à leur action.

En effet, clairement, les discours d’Emmanuel Macron et celui d’Edouard Philippe n’étaient pas à la hauteur des enjeux.

A part nous dire que nous sommes en guerre, nous admonester ou nous infantiliser, il est en effet compliqué de trouver de la cohérence dans ces 4 discours, des choses concrètes et efficientes, des actions pertinentes.

Nous n’avons pas affaire à des hommes d’Etat mais à des gens qui appartiennent à la technostructure et qui se montrent impuissants à résoudre le drame que nous vivons aujourd’hui. Ces hommes ont gravement failli et nous en subirons collectivement les conséquences et pour longtemps.

Et que l’on ne vienne pas nous ressasser l’éternel refrain selon lequel nos gouvernants ne sont pas responsables ou en tout cas pas complètement parce qu’ils ne pouvaient pas prévoir etc.

Ce serait compter pour rien l’efficacité admirable avec laquelle l’Allemagne gère cette pandémie ainsi que d’autres pays d’Europe du Nord.

Ce serait compter pour rien cette même gestion de la pandémie par des pays asiatiques comme Taïwan, Hong-Kong ou la Corée du Sud. Ou par le Vietnam qui n’a pas, et de loin, le même niveau de vie que nous et qui a une frontière commune avec la Chine.

Non, décidément, rien ne peut excuser cette impéritie.

Dans un précédent billet, j’évoquais l’idée que la gestion de cette pandémie par notre pays est un triste révélateur de notre déclin économique, industriel et social. En effet, nous avons littéralement sacrifié nos industries, nos savoir-faire sur l’autel d’une mondialisation qui, depuis les années 90, paraissait être, aux yeux de nos gouvernants, l’Eldorado indépassable de notre avenir.

Mais cette crise est, par-dessus tout, le terrible révélateur de notre absence de gouvernance. Et cela ne date pas d’hier.

Depuis le début des années 2000, notre pays souffre de l’absence d’hommes d’Etat capables de donner une vision et de donner un sens à leur action. Notre pays souffre de l’abandon du Politique au profit d’une technostructure écrasante qui a pris en main la gestion de notre pays dans tous les secteurs : économiques, sociaux , éducatifs, sanitaires. Pour n’évoquer ici que le problème de la santé, il suffit de comparer les moyens techniques (nombre de lits de réanimation, respirateurs etc.) et l’organisation administrative de la santé en France et en Allemagne. La comparaison est édifiante. A budget égal (11,3% du PIB) les moyens techniques sont très largement supérieurs en Allemagne, qui n’a jamais rempli ses lits de réanimation au-delà de 60 % de leur capacité. Quant à l’organisation, à coût moindre, les Landers ont une souplesse qui leur a permis une réactivité exceptionnelle. Notre système de santé est lui, organisé de manière pyramidale, pratiquement collectiviste comportant d’innombrables institutions, agences, instituts déconcentrés et non pas décentralisés. Tout cela aux dépens d’une meilleure répartition des ressources au profit de l’hôpital notamment.

Et pourtant, les échecs répétés de cette gouvernance, qui se manifestent pas notre déclin économique, industriel et social – il suffit pour s’en convaincre de comparer les chiffres clés de notre économie avec ceux de l’Allemagne : endettement, déficit de la balance publique, déficit chronique de notre balance commerciale, chômage endémique… – mais aussi par notre moindre influence dans le concert des nations, ces échecs n’affectent en aucune manière nos gouvernants qui ne se remettent jamais en cause. Et considérer que l’Europe, comme on l’entend ici ou là est la grande responsable de ces échecs, ce discours ne tient pas une minute à l’analyse. L’Allemagne a conservé intacte ses capacités de production industrielles et reste le leader mondial dans plusieurs secteurs de pointe. Et elle fait partie de l’Europe !

La différence fondamentale entre ces technocrates et un homme d’Etat réside d’abord dans sa capacité à rallier un peuple à sa cause. Bertrand de Jouvenel parle d’autorité dans le sens latin du terme : auctoritas, qui vient du verbe augere (augmenter, croître) et qui désigne la faculté de faire croître, donc de se porter garant du succès à venir de l’entreprise.

Chez tout dirigeant et a fortiori, chez un homme d’Etat, avoir de l’autorité, c’est, poursuit B. de Jouvenel, avoir la force d’un auctor, c’est-à-dire d’un fondateur. L’autorité est reconnue à quelqu’un par ce qu’il parvient à fonder et tant qu’il y parvient.

La réussite est donc la condition sine qua non sans laquelle le chef ne sera ni obéi ni respecté.

Il convient également de rajouter, s’il en était besoin, qu’un chef d’Etat qui aspire à la magistrature suprême doit aimer passionnément la France…

D’où notre désaffection grandissante de la chose publique et notre rejet de ceux qui nous gouvernent.

Je ne crois pas, personnellement, à l’homme providentiel. Par contre, j’ai la conviction profonde que nous ne sortirons de cette lente descente aux enfers que lorsqu’un homme d’Etat saura redonner un projet, une vision, un sens à son action et qu’il sera suivi par la grande majorité de nos concitoyens parce qu’il nous aura redonné le goût du succès et la capacité à relever des défis.

2022, c’est dans deux ans. Il y a urgence !

Un avis sur “A LA RECHERCHE D’UN HOMME D’ETAT

  1. En effet, on finit par ne plus croire en ces hommes politiques qui ne voient que leurs propres intérêts …..
    Il faut y croire encore même si parfois c’est difficile !
    Bel article !!

    J'aime

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