L’avènement de l’Etat soft-totalitaire ?




Ou la volonté de l’Etat de contrôler l’information et d’accroître sans cesse la société de surveillance

Comme l’a rappelé Nathalie MP  dans son dernier article, le contrôle étatique de l’information s’étend de manière inquiétante. Associées à la mise en place progressive mais bien réelle d’une société de surveillance, grâce à la mise en place d’outils et de mesures qui vont bien au-delà de l’objet pour lequel ils sont censés avoir été créés, ces pratiques ne laissent pas de nous inquiéter.

Voyons les faits.

Une volonté de contrôler l’information

Le 30 avril 2020, Sibeth N’Daye, Porte-Parole du Gouvernement annonce :

« Depuis le début de l’épidémie, le caractère inédit de la situation favorise la prolifération de fausses informations. Plus que jamais, se fier ou partager des informations non vérifiées peut induire des erreurs et engendrer des comportements à risque. Pour se protéger et protéger les autres, il est nécessaire de se référer à des sources d’informations sûres et vérifiées. Des journalistes spécialisés démêlent le vrai du faux chaque jour. Cet espace dédié vous donne accès aux articles de médias français luttant, dans le cadre de la crise sanitaire, contre la désinformation » (www.gouvernement.fr/info-coronavirus/desinfox)

Lorsqu’on va sur ce site, on trouve effectivement des articles « propres » issus de 5 médias soigneusement sélectionnés par le gouvernement : Libération, le Monde, France info, 20 Minutes et l’AFP. Ces médias répondraient à trois critères imparables : disposer d’une rubrique de « fact checking », d’une équipe spécialisée dans le décryptage de l’information et un accès gratuit au contenu.

Ainsi, on en déduit naturellement que tous les autres médias sont susceptibles de rapporter des fakenews.

Est-ce le rôle de l’Etat de décider quels sont les bons et les mauvais médias ?

La mise en place d’une société de surveillance

Une débauche d’achat de drones : le flicage généralisé.

Le 12 avril, le Ministère de l’Intérieur a publié au journal officiel (des marchés publics) une commande de 4 millions d’euros pour l’acquisition de drones.

La commande se compose de 500 « micro-drones » du quotidien, pour 1,8 million d’euros, 66 drones de « capacité nationale » pour 1,58 million d’euros, et une vingtaine de « micro-drones spécialisés » de quelques dizaines de grammes pour un montant de 175 000 €.

Si Castaner nie toute relation de cette commande avec la crise actuelle afin de verbaliser les promeneurs et autres graves contrevenants, il précise quand même que « les drones peuvent être utilisés dans le contrôle du confinement et je l’assume parfaitement ». Il est vrai que c’est moins cher que de mobiliser la gendarmerie et ses hélicoptères pour pourchasser les randonneurs dans les Vosges.

Par contre, de là à les utiliser au-dessus des « quartiers sensibles », cela est une autre affaire. D’autant que Castaner cajole les petits délinquants de ces mêmes quartiers en excusant leur comportement au prétexte que les pauvres chéris ne « supportent pas le confinement » !

Alors, si cette commande n’avait pas de lien avec la crise actuelle, à quelle fin est-elle prévue ? Eh bien continuer à pourchasser encore et toujours les automobilistes ! Associés aux radars tourelles capables de détecter la vitesse, le port de la ceinture, le textoteur au volant, la distance entre les véhicules, la couleur de vos vêtements et qui sont vos passagers, l’usage massif des drones de surveillance a quelque chose de kafkaïen.

Ajouter à cela la commande qu’a fait Castaner de milliers de micro-radars destinés à être fixés sur les panneaux de limitation de vitesse à 80 km/h et nous sommes fondés de penser que cette débauche de matériel de surveillance va bien au-delà de son objet supposé : sécuriser la route, surtout si l’on compare la mortalité routière avec les affections dont souffrent les Français (3239 décès dus à la route en France en 2019, contre 24760 dus au coronavirus, environ 150000 pour le cancer, 31000 pour les AVC, 17000 pour les accidents domestiques et 9000 pour les suicides).

Le projet du gouvernement du déploiement d’une application destinée à tracer les personnes malades du Covid19.

Le traçage numérique via une application Bluetooth fait, à juste titre, grincer des dents car cette application sera basée sur l’utilisation de données numériques personnelles pour tracer les malades. Basée sur le volontariat, cette application pose de sérieux problèmes. D’une part, parce que la technologie Bluetooth n’est pas sûre en termes de sécurisation des données, d’autre part, parce que cette application risque de faire peser sur ceux qui n’accepteront pas de l’installer un sentiment de culpabilité. De plus, les personnes les plus vulnérables sont majoritairement des personnes âgées qui ne maîtrisent pas forcément l’utilisation de ces outils.

Même Singapour qui avait fait de cette application un outil supposé efficace l’a abandonné car seules 19 % de la population l’avait adopté.

Et last but no least, ces procédés de surveillance sont à mille lieux de notre culture occidentale. Et comme l’ont clamé un groupe de députés début avril, « nous avons besoin d’un dépistage massif, pas de pistage massif ».

Fermez le ban.

ALICEM

Et pour terminer, savez-vous ce qu’est ALICEM, l’application d’identité numérique par reconnaissance faciale, lancée par le Ministère de l’Intérieur et l’ANTS (l’agence nationale des titres sécurisés).

Ce doux nom, c’est un peu comme la planète Vénus. On imagine une planète toute douce, belle et avenante et, en réalité, Venus est chargée d’acide sulfurique et de tas d’autres gaz tous plus mortels les uns que les autres !

L’objet d’Alicem, c’est de permettre d’accéder aux services publics en ligne grâce à un système de reconnaissance faciale. Cette application est en phase de test depuis juin 2019.

Grâce à ALICEM, vous pourrez avoir accès à une déclaration d’impôt, faire une demande d’allocation logement, accéder au compte d’assurance maladie, à l’ANTS etc. Ceci dans le but exclusif de vous simplifier la vie ! Le Ministère de l’Intérieur a soin de nos neurones car il nous explique que « l’intéressé n’a plus besoin de mémoriser plusieurs identifiants et plusieurs mots de passe ».

Dans la réalité, cet outil va clairement utiliser la reconnaissance faciale, système biométrique permettant de vérifier l’identité d’une personne et soupçonné d’engendrer le fichage des individus.

Alors, en conclusion, devenons-nous paranoïaques ? En effet, qu’avons-nous à craindre de tous ces systèmes de surveillance et de contrôle de l’information si nous n’avons rien à nous reprocher ? Si nous sommes d’honnêtes citoyens, qui roulons toujours en-deçà de la vitesse autorisée, qui payons nos impôts rubis sur l’ongle, qui ne lâchons jamais le volant avec un main pour regarder qui nous appelle, bref, si nous sommes des citoyens parfaits, nous ne devons pas avoir peur de tous ces systèmes faits pour nous simplifier la vie, nous sécuriser, protéger nos neurones..

Macron déteste la liberté. Il a raison et tout le monde a tort.

Soyons clairs : au-delà des ministres qui mettent en place ces mesures liberticides et qui ne sont que des exécutants (fidèles) des œuvres du président, celui-ci est  le premier responsable.  Emmanuel Macron a un vrai, un réel problème avec la liberté : la plupart des  dispositions administratives de l’état d’urgence sont désormais dans le droit commun, il a obtenu une loi contre les fakenews en période électorale. Sa conception de l’information fait froid dans le dos : « le bien public, déclare-t-il, c’est l’information. Et peut-être que c’est ce que l’Etat doit financer. Il faut s’assurer qu’elle est neutre, (sic) financer les structures qui assurent la neutralité. Que pour cette part-là, la vérification de l’information, il y ait une forme de subvention publique assumée, avec des garants qui soient des journalistes ».

Toutes les dictatures ont commencé de cette manière : étouffer l’information en subventionnant la « bonne presse », en brocardant la « mauvaise »,  épier, espionner, surveiller, contrôler, pister, fliquer la population.

Alors sommes-nous paranoïaques ? Ou simplement, sommes-nous des citoyens (très) inquiets de la mise en place de ce soft-totalitarisme qui n’a de soft que le nom.

Le vingtième siècle a été celui de tous les totalitarismes. Ne recommençons pas les mêmes erreurs et surtout n’ayons pas le même aveuglement face à ces prémices de dictature.

Est-ce ce monde que nous voulons pour nos enfants ?

Un avis sur “L’avènement de l’Etat soft-totalitaire ?

  1. Excellente analyse.
    Ce qui est inquiétant face à cette montée du fascisme rampant de l’Etat macronien, c’est le silence assourdissant des oppositions de tous bords. Aucune réaction, voire groupée – car il en va de la liberté dans notre pays – Devant une telle cause ils pourraient faire taire leurs désaccords, leurs petits calculs partisans, afin de combattre ce monstre rampant du fascisme.
    Je n’ose penser qu’ils fassent le sordide calcul que, tôt ou tard, ils hériteront de la situation et que le sale boulot aura été fait quand les français, las du despote naissant, l’auront dégagé par les urnes ou par la force. On n’a d’ailleurs jamais vu un nouveau gouvernement remettre en cause les dispositions liberticides du précédent. Même des lois votées sous Pétain sont encore en vigueur.
    Je vois déjà venir les réactions à mes propos sur l’air de la chansonnette « c’est de la paranoïa, Vous rêvez mon bon monsieur, ce n’est pas possible en France ….etc  »

    Françoise Giroud, journaliste, écrivaine, deux fois secrétaire d’Etat sous Giscard, Vice présidente du parti radical puis de l’UDF, agent de liaison dans la résistance pendant la guerre, arrêtée par la Gestapo écrivait en 1996, dans son livre « Gais-z-et-contents » :
    “Ainsi commence le fascisme. Il ne dit jamais son nom, il rampe, il flotte, quand il montre le bout de son nez, on dit : C’est lui ? Vous croyez ? Il ne faut rien exagérer ! Et puis un jour on le prend dans la gueule et il est trop tard pour l’expulser. »
    Je crains que nous ne soyons pas loin de le prendre dans la gueule.

    Ne soyons pas naïf, la violente répression du pouvoir à travers sa police qui est de moins en moins républicaine et de plus en plus politique, à l’encontre des gilets jaunes n’a comme autre but que de terroriser la population afin qu’elle ait peur de manifester (d’ailleurs ça marche) Aidée par une presse complaisante, Castaner, Lallement nous faisait passer les gilets jaunes (vous savez ceux qui ont tenus le pays pendant la pandémie du coronavirus) pour des blacks blocs …bientôt ils utiliserons l’expression « terroristes » comme dans ce formidable roman d’anticipation « Globalia » dans lequel Jean Christophe Ruffin nous décrit également le fascisme d’un Etat totalitaire Globalia (comme globalisation) où tout opposant est par définition un terroriste.

    L,opposition est gravement responsable de ce qui va nous arriver et je crains que les citoyens lorsqu’ils se réveillerons, faute d’alternatives ne basculent dans la violence. JF Kennedy qui n’était pas un excité en avait fait le constat  » à vouloir étouffer les révolutions pacifiques, on rend inévitables les révolutions violentes ».
    Faute d’opposition digne de ce nom et afin d’éviter à tout prix la violence c’est à nous le citoyens de prendre notre avenir en mains et celui de nos enfants en protestant, en pétitionnant, en manifestant quand nous ne serons plus assignés à résidence, et ce, pendant qu’il en est encore temps. Regardez sous la pression ils viennent de reculer devant leur ministère de l’intox sous couvert de lutter contre les facks news. La liberté n’a jamais été donnée, elle se conquière.

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